San pedro/Pont Digboué : un village menacé de déguerpissement après une décision de justice, les populations lancent un appel aux autorités.
À Karakili, également connu sous le nom de Pont Digboué, l’inquiétude grandit. Après le rejet de leur pourvoi en cassation par le Conseil d’État dans un litige foncier les opposant à un particulier, les habitants craignent désormais un déguerpissement de leur village. Réunis face à la presse, ils ont dénoncé une situation qu’ils jugent injuste et lancé un appel aux autorités afin d’éviter une crise sociale aux conséquences imprévisibles.
La tension monte à Pont Digboué, village connu administrativement sous le nom de Karakili, dans le département de San Pedro. Au centre des préoccupations des populations : une décision de justice qui pourrait conduire au déguerpissement de l’ensemble du village et remettre en cause plusieurs générations d’occupation des terres. Face à ce qu’ils considèrent comme une menace imminente, les habitants ont organisé un point de presse afin de porter leur situation à la connaissance de l’opinion nationale et internationale. Selon eux, le rejet de leur pourvoi en cassation par le Conseil d’État marque un tournant décisif dans le conflit foncier qui les oppose depuis 2019 à Monsieur Djiro Lazare.
Porte-parole du village, Monsieur Guy Nemlin Vincent a présenté la position de la communauté. Revenant sur l’origine du différend, il a rappelé que les populations vivent sur ce site depuis plus de deux siècles. Selon lui, plusieurs démarches administratives, conciliations et procédures judiciaires ont été entreprises au fil des années pour tenter de trouver une issue au conflit. Malgré ces efforts, les décisions rendues par les juridictions compétentes n’ont pas été favorables au village.
Pour les habitants, la question dépasse désormais le simple cadre judiciaire. Ils redoutent les conséquences humaines et sociales qu’un éventuel déguerpissement pourrait entraîner. La disparition du village signifierait non seulement la perte de leurs habitations, mais également celle de leur histoire, de leur patrimoine culturel et de leurs moyens de subsistance.
« Nous appelons les autorités administratives, les élus de la région et toutes les personnes de bonne volonté à intervenir afin qu’une solution soit trouvée avant qu’il ne soit trop tard », a plaidé le porte-parole, insistant sur la nécessité de privilégier le dialogue et la médiation.

Même inquiétude du côté de Monsieur Gba Daniel, fils du village, qui estime que sa communauté est confrontée à une situation particulièrement préoccupante. Tout en réaffirmant l’attachement des populations à la paix et à la cohésion sociale, il a affirmé que les habitants refusent de voir disparaître ce qu’ils considèrent comme leurs terres ancestrales. Il a ainsi lancé un appel au Président de la République, aux membres du gouvernement et aux élus locaux afin qu’ils s’impliquent dans la recherche d’une solution durable.
La mobilisation dépasse le seul cadre du village. Représentant la tribu Mahon, présentée comme celle ayant historiquement cédé les terres aux populations de Pont Digboué, Monsieur Kapé Charles a exprimé son opposition à toute mesure de déguerpissement. Il a rappelé les liens historiques et les relations de bon voisinage qui unissent les deux communautés depuis plusieurs générations. Selon lui, une intervention des autorités est indispensable pour éviter une fracture sociale et préserver la paix dans la zone.
Au-delà du cas de Pont Digboué, cette affaire relance le débat sur la sécurisation foncière des villages anciens en Côte d’Ivoire. Comment concilier les décisions de justice, les droits de propriété et les réalités historiques des communautés installées depuis plusieurs siècles sur un territoire ? Pour de nombreux observateurs, cette question mérite une réflexion approfondie afin d’éviter que des situations similaires ne se multiplient ailleurs dans le pays.
En attendant une éventuelle médiation ou une intervention des pouvoirs publics, les habitants de Pont Digboué restent suspendus à l’évolution du dossier. Entre attachement à leur terre, respect des décisions de justice et crainte d’un déguerpissement, ils espèrent encore qu’une solution consensuelle permettra d’éviter la disparition de leur village et les tensions que pourrait engendrer une telle issue.
Hervice Kouassi de Bégan

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